Emmanuel Salim, enseignant-chercheur : « Le nombre de touristes continuent d’augmenter »

Emmanuel Salim, enseignant-chercheur : « Le nombre de touristes continuent d’augmenter »

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Emmanuel Salim, enseignant-chercheur : « Le nombre de touristes continuent d’augmenter »

Emmanuel Salim est maître de conférences en géographie rattaché à l’Institut supérieur du tourisme, de l'hôtellerie et de l'alimentation (ISTHA) de Toulouse et responsable du master Tourisme et développement. Il nous brosse le portrait du tourisme de demain.

Vue aérienne du TER BreizhGo à La Roche-Maurice (29)
Vue aérienne du TER BreizhGo à La Roche-Maurice (29) © Jérôme Sevrette
Quelles pourraient être les grandes tendances à venir dans le secteur du tourisme ?

Depuis le Covid, on a eu une augmentation de la fréquentation des espaces de nature en Bretagne.  

Avant, les gens se déplaçaient en masse dans des endroits type où tout avait été organisé. Désormais, les individus créent leur parcours touristique, ce qui implique des fréquentations dans des lieux qui ne sont pas forcément prévus pour.

Une autre tendance majeure, c'est l'évolution du tourisme en lien avec le changement climatique. En montagne, on rencontre des problèmes de diminution de la quantité de neige et en bord de mer, des soucis d'érosion côtière.  

Aujourd'hui, 70 % des émissions de gaz à effet de serre du tourisme sont liées au déplacement des personnes de leur résidence jusqu'à leur destination touristique. Il y a un grand travail à faire sur la manière dont les acteurs touristiques fonctionnent, notamment sur la question du transport en général et de l’avion en particulier. Dans les années à venir, cette question se posera. Après, les évolutions vont dépendre du contexte national et international. 

Côté employeur, à quelles évolutions s'attendre ?

Il y a beaucoup de nouvelles méthodes pour gérer les flux touristiques. Et on voit clairement que les étudiant·es qui sortent avec des compétences en data management  [NDLR : aussi appelé gestion des données, il s’agit du processus de collecte, de traitement, de stockage, de partage et d’utilisation des données] ont de la facilité à trouver de l'emploi.

Ce qui commence à être vraiment nécessaire, ce sont également les compétences qui sont liées au fait de mieux comprendre les intérêts des différents acteurs d’un territoire. On peut prendre l’exemple des enjeux énergétiques où il est important comprendre qui sont les acteurs sur ce sujet pour voir comment insérer le tourisme par rapport à toutes les autres activités qui sont en place. Il s'agit d'avoir une approche qui prend en compte les autres. 

Aujourd'hui, 70 % des émissions de gaz à effet de serre du tourisme sont liées au déplacement des personnes

Est-ce qu'il y a des projections sur le flux touristique ? Et si oui, ça va dans quel sens ?

Le problème, c'est que toutes les projections robustes datent d’avant le Covid. A ce moment, on voyait que le tourisme, c'était l'industrie qui connaissait une croissance continue depuis les années 50. Et l'un des moteurs de cette croissance a été l’avion. 

Les scénarios sur lesquels se base Airbus, c'est un doublement du trafic aérien d’ici 2040.  On est donc toujours sur une augmentation du nombre de touristes. Instinctivement, je dirais que les plus gros marchés en développement sont la Chine et l'Inde, ce qui va dans le sens d’une augmentation des distances parcourues. 

Voit-on des adaptations des pratiques du côté des acteurs du tourisme ?

Je pense que malheureusement ça va forcément passer par une régulation 
au niveau de la loi.  Le tourisme est un secteur extrêmement polluant par rapport à d'autres et c'est encore en augmentation.  

Pour l'instant, il n’y a pas de mesures qui permettent de s'aligner avec les objectifs de l'accord de Paris [NDLR : traité international qui vise à maintenir « l'augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels »]. 

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